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Graphisme et transgression Citation et détournement dans les codes visuels du design graphique contemporain

Publié dans Signes, Discours et Sociétés, sciences humaines et sociales, analyse des discours – « Identités visuelles », 2/2009.
Republié dans Graphisme aujourd’hui, École supérieure d’art des Pyrénées, 2012, p.22-70.

 


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Introduction

Hésitant entre le champ artistique et le domaine du savoir-faire « au service de », les propriétés du graphisme sont contradictoires. Les codes visuels à l’œuvre dans les productions graphiques dites « savantes » font aujourd’hui l’objet d’ajustements, de déplacements, de transgressions et de détournements motivés par les modes, les goûts et le besoin permanent de re-définir et de re-questionner les frontières qui circonscrivent la discipline. Cette proximité avec le domaine de l’art conduit à s’interroger sur la fonction sociale des productions graphiques et sur la grammaire visuelle qui les structure. Comment évoluent les codes visuels propres à chaque producteur ou groupe de producteurs ? De quelle manière ces « vocabulaires » – c’est-à-dire ces styles qui identifient un producteur ou une tendance dans la production – sont-ils évalués, dévalués, ou réévalués ?
En transgressant des codes qu’ils maîtrisent parfaitement et en détournant des signes prélevés dans un vocabulaire graphique moins légitime, les producteurs peuvent afficher un certain relâchement à l’égard des qualités esthétiques que l’on s’attend à trouver dans leur production. Ces effets de non-maîtrise, de détournement et de citation, loin de représenter de simples jeux graphiques, traduisent les rapports ambigus qu’entretient le graphisme d’auteur avec les petits producteurs et la culture populaire. Il semble donc intéressant de s’interroger sur ces rapports, et sur les signes et les productions graphiques qui en traduisent la richesse et la complexité, fruit d’une tension constante entre auteur, œuvre et public.
Pour comprendre les mécanismes sociaux à l’œuvre dans la formation des goûts et dans l’économie des échanges symboliques qui structurent une pratique aussi diversifiée que le graphisme, j’exploiterai tout d’abord la métaphore du langage qui permet de réaliser une description du discours à l’œuvre dans la production graphique et d’en élaborer une typologie. À partir de cette réflexion d’où émerge la figure du « graphiste-auteur », je présenterai différentes voies représentatives du mélange des genres dans la pratique actuelle du graphisme – une pratique qui, inscrite dans une logique post-moderne et éclectique, recycle désormais les signes vernaculaires ou camp selon des procédés de reclassement et d’hypocorrection.

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