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Le plastique
et le cristal.
L’identité visuelle du Stedelijk Museum Amsterdam

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Publié dans Après/Avant,
Revue annuelle de culture graphique,
Rencontres de Lure, 1/2013.

 


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Introduction

L’histoire de l’identité visuelle du Stedelijk Museum à Amsterdam, initiée par Sandberg, graphiste et directeur de 1945 à 1963, est certainement l’une des plus riches qu’un musée ait pu connaître. De nombreux designers, comme Wim Crouwel, Walter Nikkels, Experimental Jetset, et bien sûr, Mevis et van Deursen ont contribué à la suite de Sandberg, à construire l’image de l’institution de manière singulière.
En 2008, Gijs van Tuyl, directeur et Gerard Hadders, graphiste, fondateur du collectif Hard Werken, organisent une mise en concurrence pour la refonte de l’identité visuelle du musée. Ils établirent à cet effet une présélection de cinq designers : Irma Boom, Lust, Mevis et van Deursen, Pierre Bernard et Pierre di Sciullo, chacun d’entre eux étant invité à produire un essai visuel sur la base d’un cahier des charges préparé par van Tuyl et son équipe. Sans entrer dans les détails de cette mise en compétition – que documente très bien un ouvrage accompagné d’un dvd aux éditions NAI – le jury plaça sans enthousiasme Pierre di Sciullo en tête. Ann Goldstein, succédant à Gijs van Tuyl en 2010 mit cependant fin à ce début de collaboration un mois après son arrivée au profit de Mevis et van Deursen.
L’identité conçue par Mevis et van Deursen est surprenante. En empruntant sa syntaxe graphique à des productions auxquelles nous ont habitués les secrétariats, les administrations, etc., le signe proposé en logotype transgresse les règles apparentes de la «qualité» typographique attendue dans un tel contexte. Bien évidemment, cette proposition graphique est fortement ancrée dans un réseau de références, que ne ne ferai qu’évoquer ici pour des raisons de place : des travaux de De Stijl et plus précisément Piet Zwart dans les années 1920, à certaines réalisations de Walter Nikkels dans les années 1990 – pour le Stedelijk également –, l’histoire du graphisme hollandais nourri abondamment un jeu de citations subtiles, que viennent compléter les divers emprunts à la poésie concrète ou à l’art conceptuel, dont on retiendra en premier lieu l’aridité distanciée des lettres capitales des statements de Lawrence Weiner. Et c’est peut-être cette dernière filiation, conceptuelle et analytique qui m’intéresse plus particulièrement, car s’il y a une propriété que manifeste ce signe avec évidence, c’est bien son caractère tautologique : une lettre faite avec des lettres.
Or, nous savons, avec Wittgenstein, que le propre de la tautologie – figure de la logique par excellence – est de ne rien nous apprendre au sujet du monde. La tautologie nous dit quelque chose au sujet du langage, et ce logotype semble dire quelque chose au sujet du graphisme.

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