Philizot-header_noir

When is Graphic design ?
Quelques remarques nominalistes sur la définition d’une discipline 

Article

Publié sur Tombolo
le 30/09/2014

 


Télécharger l’article au format PDF
Lire sur le site de la revue

 


Introduction

En 2010, comme chaque année depuis 1994, le 21e festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont organisait un concours d’affiches ouvert aux étudiants, visant à récompenser la réponse la plus pertinente à une problématique particulière. Cette 21e édition était cependant marquée par des circonstances exceptionnelles, la direction artistique du festival, assurée depuis de nombreuses années par les anciens membres de Grapus cédant la place au directeur de la revue Étapes, Étienne Hervy. On devinait alors derrière ce changement de tête(s) la progressive ouverture à des formes contemporaines de graphisme, d’un festival ayant historiquement envisagé l’affiche comme seul support de prédilection. Le projet du Centre international du graphisme, chargé de missions très diverses – conservation et présentation des collections, aide à la création, formation… – commençait par ailleurs à prendre forme. Et de la même manière, les sujets du concours étudiant étaient appelés à évoluer vers des questions dont le public s’interrogeait légitimement sur leur capacité à rafraîchir les habituelles problématiques très « grapusiennes », de plus en plus critiquées pour un angélisme encourageant des réponses un peu convenues. Prenant acte de l’épuisement de cette longue série de sujets, et certainement désireuse de faire connaître ses nouvelles orientations artistiques, la direction du festival propose alors en 2010 la question suivante : « Le graphisme qu’est-ce que c’est ? ». Le texte soumis aux candidats, appelant de ses vœux, selon les mots de Michel Wlassikoff, « l’extension du domaine du graphisme », invitait également à ouvrir et à faire comprendre au « public profane », une discipline méconnue dont la survisibilité des productions reste à la mesure de l’invisibilité des producteurs. Ce sujet n’a cependant pas marqué l’histoire du festival par sa nouveauté, mais plutôt par la réaction du jury, décidant de ne distinguer aucune réponse, sous prétexte que « Dans leur majorité, les affiches reçues ne reflètent pas la qualité de la réflexion et de la création produites dans les écoles. » Il fût alors décidé d’exposer l’intégralité des 1200 affiches envoyées par les étudiants, en les classant selon des thématiques formelles : yeux, mains, couleurs, processus, etc. La virulence des réactions fût à la hauteur de la violence didactique d’un procédé visant ouvertement à faire l’exposé critique d’une communauté de réflexes  – plus que de réflexion – dans la production étudiante. « Avons-nous été bien compris ? » s’interrogeait Étienne Hervy dans sa lettre envoyée aux participants. La communauté des graphistes, enseignants et étudiants, bloggers et critiques s’est beaucoup interrogée sur ces rebondissements, sans pour autant trouver de réelle explication à cette incompréhension manifeste. Mais si les réponses à « Le graphisme, qu’est-ce que c’est ? » n’ont pas été convaincantes, on peut aussi bien se dire que la question n’est tout simplement pas la bonne. Ce texte peut être lu comme une tentative de reformuler cette question, en la rapprochant de celle posée par Nelson Goodman à la fin des années 1970 : When is Art?

Partager